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« Il faut être innovant. » Après avoir demandé durant des années aux consultants d’être pro-actifs, on leur demande aujourd’hui d’être innovants. L’innovation est devenu le stade ultime de la pro-activité. Hier les consultants devaient être en avance sur ce qu’on leur demandait, aujourd’hui il doivent être capables de créer de la connaissance nouvelle.

C’est devenu d’autant plus important pour les cabinets de conseil qu’ils ont décidé d’accompagner les entreprises dans leur transformation digitale. Pour les cabinets de conseil, transformation digitale et innovation sont intimement liés car l’innovation est souvent digitale et le digital souvent considéré comme innovant. Vaste programme.

Innover, c’est comme mourir; c’est pas facile. Sinon tout le monde innoverait. L’innovation repose sur trois choses:

  • La créativité : c’est la base. Être créatif, c’est penser en dehors du cadre pour avoir de nouvelles idées. C’est un muscle qui s’exerce. La créativité requiert de la curiosité, de l’adaptabilité et une bonne dose d’insatisfaction
  • La prise de risque : il faut mettre de l’argent sur la table ou proposer du temps et accepter que cela puisse ne pas fonctionner du premier coup, ni du deuxième, ni du dixième.
  • Le faire : pour réussir, il faut tester. Sinon on reste sur du PowerPoint. C’est joli, mais pas vraiment utile.

Quand on innove, on fait quelque chose de nouveau et on risque de se planter.

Le métier du conseil, ce n’est pas vraiment cela. Le travail de conseil repose sur quelques dimensions importantes :

  • La connaissance d’un métier ou d’un secteur : être capable de comprendre le vocabulaire du client et être capable de parler (de) son métier,
  • L’expérience acquise sur des problématiques similaires : c’est un peu ce que nos clients demandent : le retour d’expérience. comment font les concurrents ? Qu’est-ce qui marche ? Comment faire mieux que les autres ?
  • La capacité d’analyse des causes et des conséquences : grâce à des méthodologies issues de l’expérience des consultants sur des sujets similaires,
  • La capacité à proposer : c’est là où l’on peut être créatif, ou pas,
  • La capacité à mobiliser et donc à faire faire.

Le cabinet de conseil reproduit à l’infini des modèles qui fonctionnent

Une mission de conseil consiste en général à appliquer une méthodologie qui aura été éprouvée précédemment sur des thématiques similaires. C’est le côté un peu industriel des cabinets de conseil. Le cabinet de conseil reproduit à l’infini des modèles qui fonctionnent, comme ce qui se fait dans l’industrie. Tout le monde est satisfait:

  • Le cabinet de conseil qui améliore son expertise mêtier et sectorielle sur la base de métriques qu’il connaît : en utilisant les mêmes critères, il détecte très rapidement les mêmes causes à un problème qui a pu être rencontré chez un autre client et il détecte rapidement qu’elles pourraient être les solutions à proposer. Un autre avantage pour le cabinet touche plus à la culture d’entreprise. Il forme des consultants à un mode de pensée structurée propre au cabinet,
  • Le client qui retrouve lui aussi une grille de lecture externe et donc objective – de son point de vue -, qui lui permet d’être analysé par un œil expert, comparé à des concurrents. Il est aussi rassuré par l’application de recettes qui fonctionnent partout ailleurs.

On a donc d’un côté un monde industriel qui reproduit des méthodes qui fonctionnent, qui fait faire et de l’autre, on demande à ces mêmes industriels d’avoir une culture du faire, d’essayer de nouvelles choses, de risquer.

A première vue, on a là deux mondes que tout oppose. Comment innover quand on doit reproduire les mêmes patterns ? Quand on n’a pas l’habitude de faire ? Quand l’essai et donc le risque d’échec n’est pas acceptable ? Quand on n’a pas le temps – pas le fait de ne pas avoir le temps dans l’absolu mais le temps pour faire ?

Si on ne peut pas innover dans le conseil alors pourquoi demander aux consultants d’être innovants ?

Ce que l’on demande aux consultants, c’est avant tout d’être créatifs dans leurs propositions. C’est sur cet aspect qu’on leur demande d’agir. C’est encore aujourd’hui leur seule marge de manœuvre. C’est d’ailleurs ce que l’on demande aux candidats dans les annonces pour des postes au sein des cabinets. Le consultant doit être « capable de penser en dehors du cadre, tout en restant dans le cadre ». Il s’agit bien là d’être créatif.

Le « dans le cadre » veut bien sûr dire « soyez créatif mais pas trop, vous risqueriez d’être innovant ».

L’innovation a toute sa place dans le conseil

Cependant l’innovation a toute sa place dans le conseil. L’innovation se joue avec les forces vives présentes dans l’entreprise. On serait tenté de recruter des experts ayant innové ailleurs afin de reproduire les mêmes recettes.

À mon avis, il n’y a rien d’innovant à reproduire les mêmes vieilles recettes (recruter à l’infini) pour reproduire les mêmes vieilles recettes (proposer les mêmes solutions à l’infini).

Quand on a un marteau, toutes les solutions sont en forme de clou.

Réinventons le marteau

Développer une culture de l’innovation est assez simple finalement. Avec un peu de temps et un budget restreint, il est possible d’inculquer une culture de l’innovation aux salariés d’une entreprise, et même d’un cabinet de conseil. A minima, cela développe leur créativité.

Il s’agit donc bien de :

  • Rendre les gens plus créatifs : en imaginant des solutions pour ses clients et les clients de ses clients, à plusieurs et se confronter à l’avis des autres,
  • Réapprendre à faire : en expérimentant, en construisant, en bidouillant les solutions imaginées,
  • Apprendre à prendre des risques : c’est plutôt l’entreprise qui prend des risques, assez mesurés, puisqu’il ne s’agit que d’accorder un peu de temps et de budget au développement de l’innovation.

Le développement de cette culture de l’innovation prend alors la forme d’ateliers pendant lesquels les participants :

  • Imaginent de nouvelles solutions pour leurs clients ou les clients de leurs clients,
  • Sélectionnent quelques solutions à développer,
  • Forment des groupes mixants les compétences,
  • Expérimentent les solutions grâce à des outils, systèmes électroniques, mécaniques, codes informatiques, mises en situation.

Ces ateliers « créatifs » sont adaptés à n’importe quel type de population. Il n’est pas nécessaire d’être ingénieur pour réussir à créer, encore moins pour imaginer. Tout cela grâce à des pièces mécaniques (des vis, des boulons, des bouts de carton, des pièces imprimées en 3D, des Lego), des systèmes et capteurs électroniques embarqués modulaires (arduino, littlebits), mus par du code (blockly ).

Innovation : Un salarié participe à un hakaday

Innovation : Un salarié participe à un hakaday

Vous pourrez même donner des petits noms sympas à ces ateliers : hackaday , hackathon, hackael-jackson

Innovation : Organisation d'un hackael-Jackson

Innovation : Organisation d’un hackael-Jackson

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